QUAND MA VIE SEXUELLE DEBUTE APRES 25 ANS

Depuis la révolution sexuelle de début des années 70 en occident, nous avons pu objectivement constater une libération de la parole et des actes concernant la question sexuelle. Nous avons également vu apparaître une tolérance puis une acceptation indiscutable de la question des rapports sexuels hors mariage, de la masturbation, de la sexualité des adolescents, de l’homosexualité etc. Mais quid du choix de la sexualité dite tardive ou postnuptiale?

Le sujet ici n’est pas l’acceptation ou la contestation de ces changements mais de tenter de faire une mise au point sur un phénomène qui n’a semble-t-il pas été pris en compte, équitablement parlant, par cette révolution sociétale à savoir les personnes qui ont volontairement fait le choix de ne pas avoir de relations sexuelles dès l’adolescence.

Dans nos sociétés occidentales qui se disent plus démocratiques et a fortiori plus tolérantes la réalité est criante. Il n’est définitivement pas de bon ton de penser et d’agir différemment. Une norme « sexuelle » semble s’être naturellement instituée dans l’esprit collectif. La première expérience sexuelle a forcément lieu à l’adolescence, dit-on ! Cette systématisation de la pensée à marginaliser ceux et celles qui arborent la fin de la vingtaine ou la trentaine sans n’avoir jamais eu de première relation sexuelle. Ces personnes peuvent alors avoir le sentiment d’être anachroniques, quand ce n’est pas le sentiment d’être simplement anormaux.

La majorité statistique n’est pas la norme

Il me semble important en tant que sexologue de nuancer ce qui se dit par esprit d’objectivité et surtout afin de déculpabiliser ceux et celles qui ne se retrouve pas dans la pensée ambiante. Il est intéressant et primordial de savoir que la moyenne statistique ne constitue pas un modèle qui serait partagé par l’ensemble des individus d’une population. On aurait donc tort de considérer la  » norme  » comme le modèle majoritaire auquel une population aurait à se conformer. Ce n’est donc pas parce qu’en 2008 en France, la moyenne statistique situe l’âge du premier rapport sexuel à 17, 6 ans pour les hommes et 17, 2 ans pour les femmes que l’on ne doit pas prendre en compte d’autres âges pour le premier rapport sexuel au sein de la population. Ne pas avoir eu de relation sexuelle à 17 ans n’est pas anormal.

Certaines idées reçues ont encore la vie dure !

Prenons par exemple le cas d’une jeune femme et d’un jeune homme de plus de 20 ans qui consentent à ne pas avoir de relation sexuelle avant le mariage. Eh bien, en règle générale la jeune femme est soit perçue comme une fille de bonnes mœurs qui a fait le choix de se « préserver » pour l’élu de son cœur ou dans d’autres cas elle peut aussi être vue comme une femme frigide réfractaire à toute forme de sexualité. Quant au jeune homme, il est perçu comme un individu suspect voire anormal. Il peut être considéré comme impuissant ou comme camouflant une homosexualité mal vécue. La sagesse populaire nous dit que « Tout vient à point à qui sait attendre ». De l’avis général, la patience qui est reconnue comme une vertu dans des situations quelconques deviendrait subitement un vice lorsqu’il s’agirait de sexualité ? Pourquoi ne penserions-nous pas spontanément à l’idée d’un choix fait en toute conscience? Sommes-nous conditionnés très jeunes au prêt à penser collectif ? La sexualité précoce serait-elle la norme ?

L’adolescence sexuelle de l’adulte

Les personnes qui vivent une première relation sexuelle à l’âge adulte sont amenées à se découvrir mutuellement comme peuvent se découvrir des adolescents. Ils partagent leur intimité qui jusque là leur était exclusive. Ainsi, il est tout à fait naturel que dans les premiers temps les gestes soient maladroits, que des craintes apparaissent, que l’un et l’autre soit submergé par ses émotions. Des émotions qui peuvent être contradictoires : Désirs mais aussi peurs de l’inconnus. Pour la première fois, ils se séduisent, flirtent, se contemplent, se sentent, se caressent… Ils apprennent à être à l’écoute de l’autre et de soi en communicant corporellement et verbalement. Entrer en relation affective et corporelle s’apprend à tout âge. Gardons à l’esprit que la complicité sexuelle est avant tout complicité sensuelle et érotique. L’éducation sexuelle n’est donc pas une exclusivité adolescente. Il y a aussi une éducation sexuelle adulte !

NB : Une précision me semble nécessaire : éducation sexuelle n’est pas synonyme d’initiation sexuelle. Sachez que l’on peut avoir bénéficié d’une éducation à la sexualité dans l’enfance ou l’adolescence sans avoir vécu de relation sexuelle.

 Nadia EL BOUGA